Max et la Tour de l'île aux Mots

Publié le par commun

Max et la Tour de l’Île aux Mots

 

 

 

Max vivait chez ses parents, dans un appartement modeste au cœur de Montréal. De sa chambre, il pouvait observer la rue bordée d’arbres et les trottoirs enneigés. Debout sur une chaise Ikéa, il observait, au risque de tomber, les mamans qui poussaient avec difficulté des poussettes d’où dépassaient des bonnets rouges, bleus et verts. Parfois, il s’évadait en feuilletant des livres empruntés par son papa à la bibliothèque du quartier.

 

 

Un jour où ses parents s’étaient allongés pour faire la sieste, Max s’empara d’un livre dont la couverture colorée laissait présager une aventure hors du commun. Il tourna en toute hâte la première page. Immédiatement, Max se sentit happé, aspiré dans un immense aspirateur. Puis, plus rien …

 

 

- Qui es-tu, toi ? susurra une voix suave venue de nulle part.

-         Qui es-tu, toi ? répéta la voix.

-         D’où viens-tu ? insista-t-elle d’un ton plus sec.

 

 

Max, à moitié dans les vapes, ouvrit un œil, puis l’autre et aperçut perché sur un arbre extraordinairement feuillu, un mot, pas n’importe lequel, le mot oiseau. Un oiseau sans ailes.

Il devait les avoir perdues en chutant de son nid. Il portait des voyelles, autour de son corps en forme de S. C’est lui qui parlait.

-         Où ai-je donc atterri ? se demanda le pauvre Max

-         Tu es sur l’île aux mots ! lui répondit instantanément l’oiseau qui semblait lire dans les pensées.

-         L’île aux mots ? Mes parents ne m’ont jamais parlé de cet endroit, pourtant ils ont beaucoup voyagé et connaissent des tas de choses., s’interrogeait Max, perplexe.

-         Tu vois, dit l’oiseau, l’arbre sur lequel je suis perché à un tronc en forme de B, des branches en R de chaque côté et des feuilles en A et E aux extrémités. Ici, chaque chose, chaque animal, chaque végétal, chaque minéral prend la forme des mots.

 

 

Sur ces mots, l’oiseau disparut, envolé non, simplement disparu comme par enchantement. Trop concentré à contempler l’arbre et l’oiseau, Max n’avait pas lu, ou plutôt vu ce qui l’entourait. Il y avait une rivière qui charriait des accents, un crocodile qui montrait ses crocs et un petit lion campé sur ses quatre lettres. Max se redressa et constata qu’il était entier. Il n’avait pas projeté de se retrouver là, à l’intérieur de son livre. D’ailleurs, il ne l’avait jamais lu et ne connaissait pas l’histoire. Max prit donc son courage à deux mains et s’engagea dans une jungle touffue et hostile. Il aurait bien aimé avoir une machette pour se frayer un passage à travers les longues lianes en forme de L, mais il devait se contenter de ses frêles mains d’enfant. Un cri. De nouveau, un cri à quelques pas de lui. Max protégeaient son visage avec les deux mains, car des I aiguisés comme la lame d’un sabre lui arrivaient en pleine figure. Il continuait cependant à avancer en direction du cri. Quelle ne fût pas sa surprise lorsqu’il aperçut face à lui…une petite fille. Pas n’importe quelle petite fille, comme il avait l’habitude d’en voir à l’école. Celle-ci était en train de muer, de changer de forme. En effet, ses bras se transformaient en L, ses pieds ressemblaient à des C et sa tête à un E. Soulagée de voir quelqu’un qui pourrait enfin l’aider, la petite fille expliqua à Max son malheur.

-         Bonjour, je suis Camille.

-         Je suis Max. Que se passe-t-il ? Pourquoi ton corps se transforme ?

-         Je ne sais pas exactement. Je lisais tranquillement un livre que mes parents m’avaient offert pour mon anniversaire, quand d’un seul coup, je me suis évanouie et retrouvée au beau milieu de cette jungle hostile. Je suis assise là depuis des heures, peut-être des jours, voire des mois. Comme tout ce qui nous entoure, je deviens un mot, je deviens C.A.M.I.L.L.E. Aide-moi, Max ! Je veux redevenir la petite fille aux yeux bleus que j’étais avant cet effroyable événement.

-         Pourquoi, toi, tu te transformes, et pas moi ?

-         Attends ! Ton tour viendra aussi. Cela va arriver et plus rapidement que moi puisque ton prénom est très court, Max, seulement trois petites lettres minuscules. Nous devons trouver une solution pour échapper à ce terrible sort.

-         Euh ! … J’ai une idée. Nous ne connaissons ni l’un ni l’autre la fin de cette histoire.

-         C’est vrai ! C’était la première fois que je me plongeais dans cette histoire.

-         Est-ce que tu te rappelles le titre de notre livre ?

-         Plus très bien ! Il me semble que c’est « le château de l’île aux mots ».

-         Non pas exactement, je pense plutôt qu’il s’agit de « la Tour de l’île aux mots. »

-         Camille, nous tenons là, la solution. Nous devons rapidement trouver la Tour.

-         Mais, comment faire ? Nous n’avons aucune idée de l’endroit où elle se trouve.

-         Viens ! Suis-moi !

 

 

Max prit Camille par le bras et l’attira jusqu’à un petit arbre au tronc minuscule. Comme par folie, sous le regard médusé de sa nouvelle amie, il lui arracha une à une toutes ses branches.

-         Max, je t’en prie. Nous n’avons pas le temps de jouer, le temps presse, ma peau disparaît. Je deviens un mot.

-         Fais-moi confiance ! répondit simplement Max qui semblait sûr de son affaire et qui conservait sous son bras, comme un trésor, le tronc riquiqui, ce R insignifiant, ce R de rien du tout.

 

 

Pourtant, il cherchait autre chose. Son regard se posa sur différents éléments de la nature. D’un seul coup, un sourire illumina son visage. Qu’avait-il vu pour être si heureux, alors que leur situation ne présageait rien de bon ?

 

 

Une chouette, une simple, une pauvre chouette encore endormie sur sa branche. Max s’en approcha et lui arracha les membres un à un, pour, finalement, n’en garder que trois. Une patte en forme de T, une aile en U et la tête comme un O.

 

 

-         Et maintenant ? s’impatienta Camille qui commençait à douter des capacités de son « héros ».

 

 

Max, faisant fi de la question, imbriqua les unes dans les autres les 4 lettres ainsi collectées.

 

 

-         Fantastique ! Merveilleux ! Super chouette ! Tu es un génie, mon génie ! réagit la petite fille dans une explosion de joie.

 

 

à présent, une immense TOUR s’élevait vers le ciel. Elle touchait les nuages. Max avait réussi à bâtir une grande, grande tour avec seulement quatre lettres.

 

 

-         Peut-être que grâce à cette tour, nous pourrons atteindre la surface de la feuille et ainsi sortir du livre. Il ne nous reste plus qu’à parvenir au sommet. Suis-moi !

 

 

Max se sentait fou de joie à l’idée d’échapper enfin à ce cauchemar, surtout qu’il commençait à sentir son corps se modifier. Ses deux bras et ses deux jambes se raidissaient, se tendaient. Max sut qu’un X prenait possession de lui et que la prophétie devait se réaliser. Que le pauvre Max serait bientôt totalement transformé en M.A.X.

 

 

C’est avec difficulté que Camille et Max se hissèrent au sommet de la tour. Arrivés tout en haut, la tête dans les nuages, rien ne se passa. Max devait impérativement prévenir son papa qu’il était prisonnier de son livre. Il se concentra le plus fort possible. Après des efforts considérables, des P et des A tels des ballons de fête s’élevèrent dans le ciel, par dessus les nuages. Une main ferme et vigoureuse, venue de la voûte céleste, le saisit et l’attira vers le haut. Etourdi, Max se retrouva dans les bras de son papa.

-         Tu devrais t’allonger dans ton lit. Tu t’es endormi en lisant ton livre, Max, conseilla le père de Max.

-         Mais, papa, je ne suis pas fatigué. Où est Camille ? s’inquiéta Max.

-         Camille, la petite fille de ton livre ?

-         Comment sais-tu, papa, que Camille est la petite fille de mon livre ?

-         Regarde, Max !

 

 

Papa désigna du doigt la couverture sur laquelle on pouvait lire ce titre « Camille et la Tour de l’Île aux Mots ».

 

 

 

 

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